La frustration, une nécessité pour bien grandir

Après une période où l’on préconisait aux parents de tout faire pour leur enfant au risque d’en faire des petits rois, la tendance est aujourd’hui de dire qu’il est important que, durant la petite enfance, on ait à apprendre aussi à vivre et à accepter la frustration. Pourquoi et surtout à partir de quand et jusqu’où aller. On se tourne vers le docteur M. Amine Benjelloun, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, psychothérapeute parent-enfant.

Pourquoi est-il important qu’un enfant soit confronté à la frustration ?

Pour bien le comprendre, il faut reprendre les stades de développement de l’enfant, sa construction, son rapport au monde, notamment son rapport avec les parents comme objets d’amour. Au tout début, il y a indifférenciation entre l’enfant et celui qui veille sur lui. A peine ses besoins primaires (chaleur, confort, nourriture, boisson,…) sont-ils ressentis que, comme par magie, l’adulte donneur de soin y répond immédiatement. Cette réponse immédiate concourt à poser les prémisses des assises narcissiques, mais aussi celle d’un vrai self. D‘une certaine façon, la réponse immédiate et non frustrante est absolument nécessaire au cours des premiers stades. Puis à partir de 6, 7 voire 8 mois, le petit prend conscience qu’il est différent de ses parents. Dans le même temps, comme l’enfant a grandi, la mère et le père s’autorisent à différencier la réponse, quitte à ne pas le faire, s’ils estiment que ce n’est pas obligatoire. Du coup, la séparation, l’individuation se met en place. L’enfant commence à créer un territoire de divagation et d’ennui, il apprend à avoir un petit monde intérieur. L’enfant apprend petit a petit à temporiser quant à la satisfaction de ses besoins.

CITATION

La frustration est nécessaire. elle instaure le manque. Le manque est comme la case vide du jeu de taquin : elle donne la mobilité au jeu, elle rend le jeu plaisant et non figé.

À partir de quel âge, l’enfant commence-t-il généralement à souligner sa différence ?

Vers 16, 17, 18 mois, l’enfant fait l’apprentissage du non (il commence par dire non avant de dire oui). Par ce non, il dit «j’existe, mon monde est différent de ton monde». reste à lui inculquer le oui parental, le oui social qui doit être mis en place vers 5/6 ans. Cette période coïncide d’ailleurs avec l’entrée au CP où l’enfant doit pouvoir s’asseoir, écouter,…). Cette étape marque aussi la sortie de la phase œdipienne dans laquelle l’enfant était pris par tous ses objets d’amour. Le voilà prêt à aller vers les autres, vers les copains et les apprentissages.

Et si cette phase n’a pas été suffisamment marquée ?

Les mécanismes qu’on a vus chez les petits enfants, vont se réactiver de façon majeure à l’adolescence : séparation, individuation, mais aussi problématiques œdipiennes et narcissiques.
On assiste à une sorte de régression mais les corps ont changé. Les problématiques narcissiques associées à une toute puissance infantile feront que la demande peut être tournée vers des objets matériels, qui peuvent parfois avoir des prix fous.

Comment instaurer une «bonne frustration» ?

Il y a deux règles à respecter. La première est d’être dans un non bienveillant et respectueux, jamais un non violent. il ne faut pas confondre autorité (qui instaure des règles) et autoritarisme. La violence peut conduire l’enfant à se soumettre complètement et à construire un faux self en n’agissant de façon à pouvoir dire «Je suis ce que tu veux que je sois. J’adhère à tes goûts, à tes envies». La seconde est de se maintenir dans une relation horizontale et non dans un rapport vertical en essayant, à chaque fois, de justifier le non. Or l’enfant n’est pas un associé. L’autorité rassure. Elle instaure des règles.

Source : FA

2020-02-26T17:05:19+01:00